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L’entrée principale du rectorat de l’université Complutense de Madrid (photographie : Público)

Ce 11 juin, la commune touristique de Lloret de Mar, dans la province de Gérone (Catalogne), accueillait son second Forum de l’Excellence, lieu de rencontre et de débat autour de la formation et de l’instruction publique en Espagne. L’un de ces échanges était présidé par le ministre de l’Éducation, de la Culture et du Sport en fonction, Íñigo Méndez de Vigo, qui n’a pas hésité à déclarer : « Il y a trop d’universitaires en Espagne. »

La phrase peut sembler lapidaire et incompréhensible à une époque où la formation supérieure apparaît comme l’une des clefs de l’insertion professionnelle et de l’élévation générale du niveau intellectuel des populations. Le ministre n’a pourtant pas été contredit par les autres participants à cette table ronde, dont Joan Mateo, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Barcelone, Carlos Blanco, égyptologue et professeur à l’université pontificale de Comillas (Madrid), Alecia Gisella López, représentante du Babson College (États-Unis d’Amérique), ou encore Francisco Michavila, professeur à l’université de Las Palmas de Grande Canarie.

Le nombre d’étudiants inscrits dans les universités espagnoles atteint le chiffre de près d’un million et demi pour l’année 2013-2014, avec 82 centres universitaires répartis dans tout le pays. Ces statistiques peuvent sembler réjouissantes, mais elles ne doivent pas masquer les difficultés matérielles auxquelles sont confrontées les facultés outre-Pyrénées : réduction du nombre des bourses ou de leur montant, augmentation des frais d’inscription, difficultés à trouver un emploi une fois le diplôme en poche, mauvaises orientations qui mènent les jeunes gens à des « voies de garage » ou à des voies sans issue, réduction générale des budgets dans le cadre de la crise économique de 2008, contestation des réformes successives, etc.

Les résultats ne sont pas à la hauteur des moyens investis, puisque l’Espagne est l’un des pays de l’Organisation de Développement et de Coopération économique (OCDE) qui dépense le plus d’argent pour ses élèves en général. Chaque année, un étudiant qui s’inscrit dans l’enseignement supérieur « coûte » ainsi 11 925 dollars à l’État espagnol – la moyenne de l’OCDE s’établit à 11 382 dollars. L’écart est encore plus criant dans les niveaux inférieurs.

Il ne s’agit pas d’appliquer une logique purement comptable à un sujet aussi fondamental que l’instruction publique, particulièrement après le bachillerato (baccalauréat espagnol). De telles observations peuvent en effet facilement amener à rejoindre les discours les plus libéraux qui viseraient à « comprimer » au maximum les budgets alloués à l’enseignement. Il n’en reste pas moins que quelque chose cloche, puisque les universités espagnoles ne brillent pas particulièrement sur la scène internationale.

Je n’ignore pas toutes les critiques adressées (à juste titre) au classement établi par l’université Jiao Tong de Shanghai mais ce dernier reste une référence mondiale. Or, il n’est pas flatteur pour l’Espagne, puisque ses trois meilleures universités (université de Barcelone, université autonome de Barcelone et université autonome de Madrid) ne dépassent pas le 151e rang.

Les fameux tests PISA, effectués chaque année pour mesurer les capacités des élèves de 15 ans à résoudre des problèmes du quotidien dans un certain nombre de domaines-clé (langue maternelle, mathématiques de base, sciences de la vie), ne sont pas non plus exempts de reproches. Il n’en reste pas moins que l’Espagne n’en sort pas non plus auréolée de gloire.

En vérité, le panorama est assez sombre pour l’enseignement public en Espagne de manière générale, entre crise économique, problèmes matériels, abandon et absentéisme scolaires très marqués, forte proportion de jeunes qui ne disposent d’aucun diplôme, etc. C’est l’un des défis de fond les plus complexes du pays, surtout si ce dernier veut maintenir certains pôles d’excellence reconnus à l’international (ingénierie, statistiques, médecine, droit, etc.) La société espagnole va donc devoir se demander prochainement si elle désire s’acheminer vers un avenir sans emplois, sans jeunes qualifiés et sans culture nationale.

Sources : http://www.cronicaglobal.com/es/notices/2016/06/modelo-universitario-obsoleto-40267.php, http://www.mecd.gob.es/prensa-mecd/actualidad/2014/02/20140213-datos-univer.html, http://www.teinteresa.es/espana/analsis-PISA-habilidades-practicas-suspenso-alumnos-espana_0_1112289907.html, http://www.libremercado.com/2013-06-25/la-ocde-desmonta-los-grandes-mitos-sobre-la-educacion-espanola-1276493806/ et http://www.shanghairanking.com/es/World-University-Rankings-2015/Spain.html

4 réflexions sur “L’Espagne s’interroge sur son modèle universitaire

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