BARCELONA  30 09  1982 MOCION DE CENSURA A PUJOL
L’ancien président de la Généralité de Catalogne, Jordi Pujol (à gauche), converse en 1982 au Parlement régional catalan (Parlament) avec Ramón Trias Fargas, alors conseiller régional à l’Économie et aux Finances, et l’historien Josep Benet (photographie : El Periódico)

À la fin du mois de juillet 2014, celui qui était alors président de la Généralité de Catalogne, Artur Mas, rencontrait le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, au palais de La Moncloa, à Madrid. L’objectif de cette entrevue était, pour le dirigeant régional catalan, de formuler à l’homme fort du Parti populaire (PP) une série de 23 exigences, dans le plus pur style séparatiste. Ces demande plus que pressantes faisaient suite à une autre réclamation de la part de la Généralité de Catalogne : bénéficier, à l’instar du Pays basque et de la Navarre, d’un « concert économique » (ou « concert fiscal »). Ce type d’accord, qui consacre l’inégalité entre les citoyens espagnols en fonction de leur lieu de résidence, devait être la clef permettant une meilleur « insertion » de la communauté autonome dans le reste de l’Espagne car elle aurait ainsi pu gérer ses propres recettes fiscales. Bien entendu, les autorités nationalistes s’en seraient satisfaites… jusqu’à la revendication suivante. Face au refus de Mariano Rajoy, Artur Mas a déclaré que le « concert fiscal » était indispensable au développement de la Catalogne et que le refus du gouvernement conservateur en la matière était une quasi déclaration de guerre. Régulièrement, cet « affront » revient dans les débats sur l’actuelle situation en Catalogne et certains commentateurs expliquent que cette rebuffade de Mariano Rajoy est le principal facteur de la radicalisation du séparatisme catalan.

Pourtant, les autorités indépendantistes d’aujourd’hui, Carles Puigdemont en tête, se cachent bien de révéler un élément capital : en 1980, le président du gouvernement espagnol de l’époque, le centriste Adolfo Suárez (Union du Centre démocratique), a proposé au président de la Généralité, Jordi Pujol, d’implanter dans la région un « concert fiscal » tout à fait comparable à celui du Pays basque et de la Navarre. C’est le conseiller régional basque à l’Économie et aux Finances de l’époque, Pedro Luis Uriarte, qui en témoigne lui-même dans un ouvrage numérique en onze volumes baptisé El concierto económico vasco: una visión personal (littéralement, Le Concert économique basque : une vision personnelle), publié en novembre 2015. Une série de rencontres a été organisée entre les autorités espagnoles et les autorités catalanes de juin à septembre 1980, avant le vote de la Loi organique de Financement des Communautés autonomes (Ley orgánica de Financiación de las Comunidades autónomas, ou LOFCA).

Le ministre des Finances du gouvernement centriste, qui était alors Jaime García Añoveros, s’est ainsi entretenu avec le conseiller régional catalan à l’Économie et aux Finances, Ramón Trias Fargas, en présence de Pedro Luis Uriarte. C’est à cette occasion qu’Añoveros a proposé à Trias Fargas de mettre en place en Catalogne le même « concert économique » qu’au Pays basque. Mais le gouvernement catalan a rejeté cette proposition. Pourquoi donc ? En premier lieu, Trias Fargas estimait à l’époque que le premier gouvernement de Jordi Pujol, qui venait d’entrer en fonction, n’avait pas l’expérience suffisante pour gérer un système d’imposition complet. En deuxième lieu, le conseiller régional à l’Économie et aux Finances estimait que le « concert fiscal » supposerait de moins bonnes rentrées financières pour le pouvoir barcelonais que le système classique, avec redistribution des recettes fiscales depuis l’État. Et surtout, Trias Fargas estimait qu’il était mieux de s’en tenir au système de financement ordinaire car, même si Barcelone dépendait encore de Madrid en la matière, la Généralité pourrait négocier pour obtenir toujours plus de ressources.

Les hommes politiques catalans de l’époque (comme une grande partie de la gauche) estimaient que le « concert économique » était une vieillerie politique sans avenir. En d’autres termes, la Généralité a balayé d’un revers de main un élément qui lui a paru fondamental plusieurs décennies plus tard. C’est dans les années 2010 qu’elle a donc décidé de faire payer à tous les Espagnols l’une de ses erreurs passées. Par ailleurs, l’idée de Ramón Trias Fargas est un excellent résumé de la stratégie des nationalistes catalans depuis les années 80 : exercer un chantage permanent auprès de l’État espagnol, plutôt que de régler le problème une bonne fois pour toutes, afin d’obtenir toujours plus d’avantages. Artur Mas l’a reconnu à mots couverts en 2012. Un témoignage édifiant, à n’en pas douter.

Source : http://www.elperiodico.com/es/politica/20170507/catalunya-rechazo-concierto-economico-cupo-vasco-1980-6020846

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Une réflexion sur “Ce que les autorités catalanes ne disent pas : elles ont refusé en 1980 le concert fiscal qu’elles ont exigé plus de trente ans plus tard

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