Il existait dans les années 60 deux modèles d’instruction publique en Catalogne, deux propositions opposées à l’éducation franquiste mais bien distinctes l’une de l’autre. Le premier modèle, soutenu par l’association Òmnium Cultural, fondée en 1961, avait pour objectif de faire pratiquer dans la région un enseignement exclusivement en catalan. Le second, prôné par l’école des maîtres Rosa Sensat et inspiré par la socialiste Marta Mata, visait à proposer à chaque élève une instruction dans sa langue maternelle (espagnol ou catalan) et un bilinguisme scolaire inclusif. Dans le premier cas, un rejet de l’autre et de sa culture d’origine au nom de la défense d’une « langue minoritaire » ; dans le second, un respect de toutes les cultures et de toutes les identités.

Le retour à la démocratie en Espagne n’a pas immédiatement permis aux thèses d’Òmnium Cultural de triompher, le gouvernement régional de Josep Tarradellas (1977-1980) étant encore sensé et respectueux de la Catalogne dans sa diversité. Pourtant, dès 1979, la revue culturelle Els Marges publie un éditorial intitulé « Une nation sans État, un peuple sans langue » (connu sous le nom de « Manifeste d’Els Marges« ), qui demande la disparition du bilinguisme dans l’enseignement et, plus globalement, dans la société régionale au profit d’un monolinguisme catalan exclusif.

C’est avec le début du long gouvernement de Jordi Pujol (1980-2003) que cette politique de rejet de l’espagnol – langue pourtant majoritaire en Catalogne – prend corps peu à peu, de façon subreptice. L’expulsion progressive du « castillan » des domaines scolaire ou administratif, sous couvert de défense d’une culture régionale qui n’était plus guère menacée, n’a pas suscité l’opposition qu’elle aurait dû précisément car elle était rampante. Mais elle se fondait sur une profonde xénophobie, un « racisme culturel dissimulé » (racismo cultural encubierto), selon les mots d’Antonio Robles, ancien député régional.

L’espagnol est devenu, dans l’enseignement public catalan (particulièrement au niveau primaire et secondaire), une langue quasi étrangère – il est même moins enseigné que l’anglais. Les parents et élèves qui réclament un volume horaire strictement bilingue sont au mieux ignorés (en violation de la démocratie et de leurs droits constitutionnels) au pire harcelés, dénigrés et méprisés. Des consignes circulent même, de plus en plus ouvertement, pour interdire aux professeurs et aux élèves de discuter en espagnol au sein des établissements publics en dehors des cours. Seul l’enseignement privé, coûteux par nature, reste ouvert à ces étudiants qui souhaitent perpétuer la langue de leurs ancêtres, langue qui n’a été imposée à personne (en dépit des habituelles déformations historiques diffusées par les séparatistes) et jouit d’une large diffusion mondiale.

La récente publication d’un texte séparatiste intitulé Manifeste Koinè, qui réclame une politique strictement monolingue catalane en cas d’indépendance de la région, n’est que l’aboutissement d’un processus qui court depuis trois décennies.

La société catalane, sous la férule des indépendantistes, avance vers une forme de fascisme doux qui se drape dans des valeurs apparemment pures et démocratiques. La haine de tout ce qui rappelle l’Espagne conduit à des violences qui ne sont plus seulement verbales ou symboliques.

Il est plus que temps de dénoncer cette politique pour ce qu’elle est.

Source : http://www.elmundo.es/opinion/2016/06/06/575454d0e2704e0e348b45b8.html

5 réflexions sur “Le racisme culturel des séparatistes catalans

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